ADN — Série photographique

Domaines d’intervention

Photographie — Print & Édition

Domaines d’activité

Culturelle

Client

Projet personnel
Alexandre Bena | Montpellier 2015

SPALAPLIP


Création d’une série de 12 photographies. Portraits d’arbustes lâchement abandonnés par leurs ingrats propriétaires.

Rédaction

Orion Scohy & Julien Brès


Construction bois


Tirages photographiques

Atelier Sungheelee
Canson Baryta Photo 310g Satin


Finition & Contrecollage


Typographie :



— Ça
sent —
le sapin —


On ne se retrouve pas comme ça dans la rue, du jour au lendemain, à côté des poubelles. Il faut un concours de circonstances, une mauvaise passe, pour finir quasiment à poil, traîner dehors, les aiguilles plantées dans les bras.

— Au début, on ne voit rien venir. Les costumes sont beaux, brillants, certains croulent sous les décorations, tous continuent de croire en leur bonne étoile. Mais la petite musique cache un vent mauvais. Les invités sont gavés comme des oies, la carte de crédit fumante. Ils n’ont pas attendu le réveillon pour tituber, avoir la gueule de bois et goûter l’amertume. Ils se forcent à danser, le sac plastique sur la tête, les planches rivées au pied… 10, 9, 8, 7, 6… KO bien avant minuit.

— Voilà comment finir sur le trottoir et se faire tirer le portrait par un inconnu. La forêt est découverte, plus de cachette. On ne sent plus, ne pique plus, dossiers classés. Ce n’est pas grave tonton, c’est dans la boîte !


Rédaction

Julien Brès, Montpellier




 « Mon beau tapin, roi des fourrés, que j’aime ta piqûre… »

— Birdy Nam-Namouskouri —


Nul n’ignore que le premier des trois événements majeurs du XXe siècle (avant la formation du groupe ABBA en 1972 et la fusion subséquente, dès 1975, des sociétés Ricard et Pernod) fut la découverte, au début des années 50, de la structure de l’ADN par un employé de chez Toys’R’Us – structure dite « à double hélice » qu’il destinait à la conception de guirlandes électriques clignotantes proprement révolutionnaires qui ne virent jamais le jour (voir Figure I).

Car, ayant eu vent de cette trouvaille, le département de recherche et développement de Coca-Cola, soutenu par la République démocratique de Laponie, en racheta à prix d’or les plans et le brevet afin de mieux promouvoir ses recherches sur le code génétique et l’hérédité. On a oublié depuis (l’abrutissant cocktail de musique disco et d’apéritif anisé ayant fortement encouragé cette amnésie) que les initiales ADN signifiaient à l’origine Arbre De Noël – n’importe quel dictionnaire vous le confirmera.

— Au fond, tout cela est logique : pour le puissant lobby des coca-colistes lapons, quoi de mieux qu’une guirlande pour populariser la représentation de ce curieux passeport identitaire, invisible à l’œil nu, qu’on se transmettrait d’espèce en espèce et de génération en génération simplement en vivant d’amour et de boissons gazeuses ? Les guirlandes servent à décorer le sapin, cet emblème du Terrien éclairé dont l’esprit de Noël bat continûment aux tempes et fait clignoter son âme dans la nuit noire. Aussi n’est-ce jamais sans un sentiment de déchirement coupable que, chaque année, nous devons nous séparer de notre éphémère compagnon végétal, abandonnant un peu de notre sève sur le trottoir.

— Dans ce triste début de XXIe siècle dominé par la xénophobie et la menace permanente d’une hypothétique reformation du groupe ABBA, l’ambiance n’est pas à l’édification d’hospices pour ces arbres jetables, fétiches à obsolescence programmée, élevés en batterie pour notre seule consommation. Heureusement que, parfois, un photographe charitable accepte de laisser tatouer sa numérique pellicule par ces aiguilles émoussées, déjà passées dans l’autre monde — ainsi la lumière des étoiles, qui toujours trop tard nous parvient.


Rédaction

Orion Scohy, Sommières




Depuis toujours, l’homme fétichise tout ce qui lui tombe sous la main…


Rédaction

Orion Scohy, Sommières


… tout ce qui lui passe par la tête,
et tout ce qui lui échappe :

le feu, les euves, les eurs, les dieux, les yeux, les sous-pulls à col roulé, le nombril, les aisselles, les genoux, le bas du dos, le timbre de la voix, Stone et Charden, les uniformes, le latex, les sous-pulls à col roulé, les aiguilles, les talons, les talons aiguilles, les cagoules, les urinoirs, les croix, les bannières, les pneus Michelin, la marchandise en général, le bas du dos en particulier — et les sous-pulls à col roulé.

Selon Freud, le fétichisme découlerait de l’angoisse de castration par laquelle passe tout enfant. Difficile d’en savoir davantage car, lorsqu’on pose la question aux principaux intéressés, ils se contentent de poser sur vous leurs petits yeux de chapons hébétés à qui on aurait coupé la langue avec le hachoir qui nous assiste durant leur interrogatoire.

Toujours est-il que, quand arrive la fin de l’année avec ses joyeuses festivités, l’homme occidental moderne, qui préfère d’ordinaire ne plus s’adonner à ce type de pratiques tribales en public, les perpétue pourtant en adoptant comme fétiche un petit arbre résineux vaguement phallique. L’homme l’accueille alors dans son salon et le pomponne afin d’y déposer — mais surtout d’y recevoir — diverses offrandes (« Chouette, un pneu Michelin ! »). Le jour J, le rituel est immuable : après s’être flagellé le bas du dos avec énergie, on enfile un sous-pull à col roulé puis on invoque Tino Rossi à tue-tête avant d’assommer un enfant avec une bûche pour le faire rôtir avec des marrons. Quelques jours plus tard, une fois l’An nouveau advenu sans encombre, l’homme se débarrasse de son totem en le jetant tout bonnement à la rue. En attendant la prochaine échéance, il fera mine d’être sage comme un mirage. Et c’est donc fort à propos que la SPALAPLIP (Société Protectrice des Arbustes Lâchement Abandonnés Par Leurs Ingrats Propriétaires) collecte des preuves en dépêchant sur place des fétichistes d’un autre genre : ceux de la lumière et de la mise en boite des images – aussi appelés photographes. Alexandre Bena est l’un d’eux.







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